Séminaire doctoral : « Quelle appropriation de la théorie pragmatiste de l’enquête en sciences de l’information et de la communication ? » (RECOM)

Organisé par le Centre de Recherche en Communication (RECOM) de l’UCLouvain, ce séminaire vise à explorer les opportunités d’une appropriation de la théorie pragmatiste de l’enquête en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC).  

 Contextualisation théorique et enjeux du séminaire   

L’enquête est « la transformation contrôlée ou dirigée d’une situation indéterminée en une situation qui est si déterminée en ses distinctions et relations constitutives qu’elle convertit les éléments de la situation originelle en un tout unifié » (Dewey, 1993, p.169). En 1938, le philosophe John Dewey publiait son ouvrage majeur Logique : la théorie de l’enquête.  Il y conçoit l’enquête comme un type de processus, par nature ouvert et itératif, ancré dans l’expérience des situations problématiques auxquelles tout individu et/ou collectivité font face au quotidien.  Dewey propose de séquencer l’enquête en cinq phases : la situation indéterminée (le doute), l’institution du problème, la détermination de la solution du problème, le raisonnement, le caractère opérationnel de la solution. 

Inspirée entre autres par les travaux de Charles Sanders Peirce, fondateur du pragmatisme, la théorie de l’enquête de John Dewey inspira à son tour de nombreux chercheurs grâce notamment à sa réception par les sociologues et ethnographes de l’Ecole de Chicago (Cefaï, 2015). Comme le souligne Joseph (2015, para. 17) : « À Chicago, on invente une tradition d’enquête après avoir coopéré dans la recherche philosophique. »   

Ces échanges fructueux entre philosophes et sociologues s’expliquent par la portée épistémologique de la théorie de l’enquête. En effet, ancrée dans une logique expérientielle (Zask, 2004) et considérant le comportement humain comme ce qui permet d’éprouver la validité des connaissances, la théorie de l’enquête peut également être présentée comme une théorie de « la pratique expérimentale de la connaissance ». Pour Dewey (1938, p.166-167, cité par Journé, 2007) « Les enquêtes entrent dans toutes les sphères de la vie et dans tous les aspects de ces sphères. Dans le cours ordinaire de l’existence, les hommes examinent ; ils font intellectuellement le tour des choses, ils infèrent et jugent aussi « naturellement » qu’ils sèment et moissonnent, produisent et échangent des marchandises. En tant que mode de conduite, l’enquête peut être étudiée aussi objectivement que le sont ces autres modes de comportement. » Ainsi, l’enquête est un type de processus, par nature ouvert et itératif, ancré dans l’expérience des situations problématiques auxquelles tout individu et/ou collectivité font face au quotidien.   

La théorie de l’enquête peut être envisagée comme une théorie de l’action (Cailleau, 2017) dès lors que, pour un pragmatiste, les concepts de « connaissance » et d’« action » ne doivent pas être opposés dans une logique dualiste mais au contrait être appréhendés selon une logique de réciprocité. La théorie de l’enquête défend la thèse d’une connaissance qui ne se constitue pas dans la contemplation d’une réalité extérieure mais qui poursuit une visée pratique et qui émerge et s’éprouve dans et par l’action : « il n’y a pas de coupure épistémologique entre l’être pensant et l’être vivant » (Madelrieux, 2016, p.98). Dans une perspective pragmatiste, théorie de l’action et théorie de la connaissance se confondent dans « un schème de l’enquête » à concevoir comme un processus de problématisation « commun aux enquêtes scientifiques et à celles de la vie quotidienne. » (Fabre, 2016, para 2).  

A travers ce séminaire nous proposons aux doctorants et chercheurs d’explorer la théorie de l’enquête afin de questionner d’un point de vue plus processuel des objets de recherche liés aux SIC, par exemple : étude d’activités organisées en processus (e.g. Robichaud, 2006 ; Lorino, 2018), réflexion sur l’acquisition de compétences (e.g. Pepin, 2016 ; Jay2017; Thievenaz, 2019), pédagogie critique (e.g. Freire, 1970 ; Pereira, 2017), démocratie participative (e.g. Zask, 2001)…  

Les principales questions qui orienteront ce séminaire sont :  

  • Que permet l’approche par l’enquête par rapport à d’autres approches ?  

  • Quelles conséquences dans la conception de son objet de recherche  

  • Dans quelle mesure l’enquête peut-elle être mobilisée dans un cadre expérimental ? 

  • Quel apport de l’enquête dans l’analyse des données ? 

  • Quelle portée idéologique/politique ce type d’approche implique ?  

Organisation du séminaire   

Journée 1 – Lundi 16 septembre 2019  

La première journée sera consacrée à une étude approfondie de la théorie de l’enquête présentée par Joris Thievenaz suivie par des présentations illustrant les différentes appropriations possibles en SIC. Chaque session sera organisée en tandem : l’exposé d’un·e chercheur·e invité·e, suivi de la présentation d’une recherche doctorale s’appropriant le cadre théorique. Puis, à travers plusieurs sessions, les participant·e·s seront amené·e·s à réfléchir aux appropriations de la théorie de l’enquête par la sociologie organisationnelle, les sciences de l’éducation et l’éducation aux médias, contribuant à un renouveau du concept.   

Initialement envisagé en vue de faire dialoguer les différents groupes de recherche présents au sein du RECOM (Centre de recherche en communication), le séminaire vise une démarche de transversalité et de partage de connaissance autour de trois objets de recherche qui constitueront les trois axes thématiques du séminaire :   

  • Axe 1 : L’enquête, une approche théorique pour comprendre les organisations    
    Exposé de DANIEL ROBICHAUD sur les usages possibles du pragmatisme en communication des organisations.  

  • Axe 2 : L’enquête comme processus d’apprentissage  
    Exposé de STEPHANE COLOGNESI sur le rôle de la métacognition dans le processus d’apprentissage auquel se livrent les apprenants au cours de leur enquête 

  • Axe 3 : L’enquête comme fondement d’une pédagogie active et critique 
    Exposé de SAMUEL RENIER sur la mobilisation de l’enquête en éducation 

  

Journée 2 – Mardi 17 septembre 2019 

La seconde journée (demi-journée) consistera en trois sessions parallèles selon les trois axes thématiques de la première journée. Ces sessions ont pour but de permettre aux chercheur·e·s et doctorant·e·s participant d’expliquer leur recherche en explicitant les implications de l’usage des concepts abordés dans le cadre du séminaire dans leurs travaux.    

Inscription et participation   

L’inscription au séminaire est obligatoire et peut se faire via le lien suivant :  

Comme indiqué plus haut, les participants qui le souhaitent pourront présenter leur travail de recherche lors du deuxième jour du séminaire lors des sessions parallèles autour des chercheurs invités. Toutefois, à des fins de bonne organisation, nous demandons aux participants qui souhaitent présenter leurs travaux de bien vouloir nous communiquer (via la plateforme d’inscription) un résumé de leur recherche ainsi qu’une brève explication de leur intérêt pour le séminaire.  

   

Bibliographie indicative  

Cailleau, I. (2017). Appréhender l’émergence d’un texte commun au moyen d’une approche transactionnelle pragmatiste. Recherches en Communication42(42), 175-187. 

Cefaï, D. (2015). Mondes sociaux. Enquête sur un héritage de l’écologie humaine à Chicago. SociologieS. 

Cometti, J. P. (2010). Qu'est-ce que le pragmatisme ? (p.282). Paris: Gallimard. 

Dewey, John (1993) Logique. La théorie de l'enquête, (première édition 1938), Paris: PUF. 

Fabre, M. (2006). Qu’est-ce que problématiser ? L’apport de John Dewey. Situations de formation et problématisation, 17-30. 

Freire, P. (1970). Pedagogy of the Oppressed. New York, Continuum. 

Jay, É. (2017). Enquêter avec Dewey sur la notion de compétence : et si la compétence éthique ne pouvait s’enseigner ? Éthique publique, (vol. 19, n° 1).  

Joseph, I. (2015). L’enquête au sens pragmatiste et ses conséquences. Vulnérabilité du public, observation coopérative et communauté d’exploration. SociologieS. 

Journé B. Théorie pragmatiste de l’enquête et construction du sens des situations. Le Libellio d’AEGIS, Libellio d’AEGIS, 2007, 3 (4), pp.3-9. ffhal-00263316f 

Kolb, D. A. (2015). Experiential learningexperience as the source of learning and development (2nd edition). Upper Saddle River, New Jersey: Pearson Education. 

Lorino, P. (2018). Pragmatism and organization studies. Oxford University Press. 

Madelrieux, S. (2016). La philosophie de John Dewey. Librairie philosophique J. Vrin. 

Pepin, M. (2016). Le développement de compétences à l’école primaire au regard de la théorie de l’enquête de Dewey. Éducation et francophonie44(2), 19.  

Pereira P. (2017). Les grammaires de l’éducation critique aux médias à l’épreuve du numérique. Tic&société, Vol. 11, N° 1 | -1, 111-136. 

Robichaud, D. (2006). Steps toward a relational view of agency. In F. Cooren, J. R. Taylor & E. J. Van Every (Eds.), Communication as organizing: Empirical and theoretical explorations in the dynamic of text and conversation (pp. 101–114). Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates. 

Thievenaz, J. (2019). Enquêter et apprendre au travail. Approcher l’expérience avec John Dewey. Editions Raison et Passions, Dijon.  

Zask, J. (2004). L’enquête sociale comme inter-objectivation. La croyance et l’enquête. Aux sources du pragmatisme, 141-163. 

Zask, J. (2001). L'élève et le citoyen, d'après John Dewey. Le Télémaque, (2), 53-64

 
1 _ 2 Terminé

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