« Il est urgent de changer de modèle agricole »

"Manifeste paysan"

publié par Le Monde le 27/11/19, ouvert à la signature de tous

Le 9 décembre 2019, 1551 personnes ont apporté leur signatures, dont 446 paysans actifs ou retraités. 

 

Nous, agriculteurs, agricultrices, observons une atmosphère de crispation,
d’incompréhension, entre une partie du monde agricole et le reste de la société, principalement
focalisé sur l’utilisation des pesticides et sur l’élevage industriel.
Concernant les pesticides, leurs effets néfastes pour la santé humaine et l’environnement sont
prouvés par de nombreuses publications scientifiques, tandis que le rejet de l’élevage industriel
correspond à la dénonciation d’un système de maltraitance animale à grande échelle qui ne permet
pas aux éleveurs et salariés concernés de s’épanouir, ni de s’en sortir économiquement.
Ces pratiques portent atteinte à l’environnement ici et ailleurs, comme le montrent le problème des
algues vertes en Bretagne, la dégradation de nos ressources en eau, ou encore la déforestation
générée par la monoculture de soja OGM au Brésil.

« L’agriculture basée sur l’agrochimie, la spécialisation à outrance des territoires et la mondialisation, contribue au réchauffement climatique »

Les critiques de ces pratiques, légitimes, sont qualiíées d’« agribashing » par la FNSEA [Fédération
nationale des syndicats d’exploitants agricoles], formule reprise par le ministre de l’agriculture et le
président de la République. Pourtant, la remise en cause du modèle agro-industriel dominant n’est
pas de l’agribashing ! Il ne s’agit pas de dire que l’agriculture est mauvaise, maléfique, ou que les
urbains n’aiment pas les agriculteurs ! Il s’agit de critiquer un modèle qui entraîne les agriculteurs et
notre société dans le mur.
Ce modèle endette dangereusement les agriculteurs, continue de vider les campagnes de leurs
paysans, pousse à un gigantisme empêchant les jeunes de reprendre les fermes des retraités, pollue
les sols et les eaux, détruit la biodiversité, dégrade la santé des écosystèmes et des humains. Cette
agriculture, basée sur l’agrochimie, la spécialisation à outrance des territoires et la mondialisation,
contribue au réchauìement climatique et est peu résiliente face aux événements extrêmes qui se
multiplient.

Pourtant, l’agroécologie paysanne que nous pratiquons, le plus souvent en bio, depuis de
nombreuses années, représente une alternative crédible. Cette agriculture, qui lie agronomie et
écologie, nous permet de vivre avec dignité et de transmettre nos fermes, tout en fournissant une
alimentation saine à nos concitoyens. Nous montrons au quotidien que ce type d’agriculture peut
redynamiser les territoires, en créant des emplois, du lien social, du paysage, de la biodiversité et de la
résilience.

Accompagner la transition

 

De plus en plus de paysans optent pour cette agriculture du futur, et nombreux sont ceux qui
souhaitent engager une transition que les politiques publiques, du local jusqu’au niveau européen,
devraient beaucoup mieux accompagner. Les moyens financiers existent et sont considérables,
notamment avec les 9 milliards d’aides annuelles de la PAC [politique agricole commune].

Nous, paysans, actifs ou à la retraite, ne partageons pas la dénonciation d’un pseudo-agribashing,
opérée par certains acteurs à la solde de l’agro-industrie bloquant la transition agroécologique,
détournant l’attention des vraies questions au risque de creuser le fossé entre agriculteurs et
citoyens, et d’attiser la violence.
Nous, paysans, affirmons qu’il est urgent de changer de modèle agricole, de développer une politique
alimentaire favorisant les productions locales et biologiques, et d’abandonner l’utilisation des
pesticides et de l’élevage industriel.

Collectif des paysans premiers signataires

Angel Alegre (Ariège) ; Brigitte Allain (Dordogne) ; Philippe
Aubry (Vosges) Brigitte Aubry (Vosges) ; Philippe Assemat (Ariège) ; Patrick Barque (Doubs) ;
Jacques Barroux (Lot-et-Garonne) ; Anne-Charlotte Beaugrand Rivière (Seine-et-Marne) ; Michel
Berhocoirigoin (Pays Basque) ; Marie-Jo Bireau (Lot-et-Garonne) ; Pierre Bireau (Lot-et-Garonne) ;
Benoit Biteau (Charente-Maritime) ; Mathilde Boeuf-Lancien (Lot-et-Garonne) ; Christian
Boisgontier (Orne) ; Sabine Bonnot (Gers) ; José Bové (Aveyron) ; François Braillon (Aisne) ;
Sebastien Bruand (Charente) ; Dominique Brunet (Vienne) ; Cabal-Zinck (Aveyron) ; François Calvet
(Ariège); Benoit Canis (Nord) ; Judith Carmona (Pyrénées orientales) ; Gerard Chauvet (Aude) ;
Jacques Chèvre (Dordogne) ; Sylvie Colas (Gers) ; Philippe Coutant (Deux-Sèvres) ; Alain Daguzan
(Gers) ; Alain Daneau (Aquitaine) ; Benjamin Delalot (Vosges) ; Claire Desmares-Poirrier (Ille-et-
Vilaine) ; Mauel Di Vecchi Staraz (Pyrénées-Orientales) ; René Donjat (Ariège) ; François Dufour
(Manche) ; Sylvie Dulong (Aquitaine) ; Pierre Fabre (Alpes-Maritimes) ; Dominique Fessard (Eure) ;
Nino Fillos (Aveyron) ; Jean-Michel Genillier (Puy-de-Dôme) ; Aurélie Genolher (Alpes-Maritimes) ;
Ghislaine Gille (Vosges) ; Benoit Gille (Vosges) ; Louis-Marie Gobin (Deux-Sèvres) ; Patrice
Goutagny (Puy-de-Dôme) ; Paul Greco (Drôme) ; Laurent Haltel (Vosges) ; Cécile Henck (Ariège) ;
Charles Hervé-Gruyer (Eure) ; Thierry Jacquot (Vosges) ; Nadia Jacquot ( Vosges) ; Jean-Claude
Jobard (Haute-Vienne) ; Pierre Joris (Lot-et-Garonne) ; Lucien Jouffreau (Lot-et-Garonne) ; Guy
Kastler (Hérault) ; Olivier Keller (Ardèche) ; Jean-Marie Lacaze (Lot) ; Damien Lalardy (Lot-et-
Garonne) ; Quentin Delachapelle (Marne) ; Ludo Landais (Puy-de-Dôme) ; Sophie Landais (Puy-de-
Dôme) ; Jean-Paul Landat (Dordogne) ; Laurence Guichard (Vienne) ; Raoul Leturcq (Oise) ;
Marianne Leturcq (Oise) ; Didier Lorioux (Corrèze) ; René Louail (Côte d’Armor) ; Yves Manguy
(Charente) ; Karell Marchal (Haute-Saône) ; Dominique Marion (Charente-Maritime) ; Nathalie
Masbou (Lot) ; Sébastien Maubert (Lot-et-Garonne) ; Laurent Moinet (Seine Maritime) ; Serge
Morin (Deux-Sèvres) ; Albert Ody (Mayenne) ; Jean-Claude Olivier (Sarthe) ; Jérôme Orvain
(Creuse) ; Murriel Padovani-Lorioux (Corrèze) ; Pascal Pavie (Aude) ; Bernard Péré (Lot-et-
Garonne) ; Maxime Pierrel (Vosges) ; Henry Pousset (Seux-Sèvres) ; Emilie Prat (Ariège) ; Rémi
Seingier (Seine-et-Marne) ; Michelle Rivet (Cher) ; Vincent Segretain (Puy-de-Dôme) ; Pierre-Noel
Rousseau (Lot-et-Garonne) ; Jacques Soubils (Lot-et-Garonne) ; François Thierry (Vosges) ; Galatée
Thiroux du Plessis (Lot-et-Garonne) ; Michel Valette (Drôme) ; Jean Vrignault (Vienne) ; Stéphane
Warot (Aude) ; Eric Wyon (Ariège) ; Simon Yvert (Lot-et-Garonne).

 

 
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POUR SIGNER :
Première Zone de Texte : Nom prénom
Deuxième Zone de Texte : département en toute lettre
Troisième Zone de Texte : Statut : paysan actif/paysan retraité/autre (vous pouvez préciser).

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