Déclaration de grève ULB

ENGLISH BELOW

 Aux autorités de l’ULB et du FNRS, 

Nous, chercheuses à l’ULB, nous déclarons en grève ce 8 mars 2019 et répondons ainsi à l’appel international à la grève des femmes* ce 8 mars, relayé en Belgique par le Collectif 8 mars. Nous nous déclarons solidaires avec toutes les femmes, dans leur diversité de situations et de revendications. En tant que chercheuses, nous sommes pénalisées par les logiques néo-libérales et par les politiques dites « d’excellence », avec leurs exigences de productivité, de financement et de mobilité internationale. Ces logiques déshumanisantes à l’œuvre dans les universités y aggravent les injustices de genre, dont une division inégalitaire de travail et une invisibilisation du travail des femmes, et ce en dépit du discours officiel sur les politiques d’égalité dans ces institutions. En isolant les chercheuses et en créant une atmosphère de compétition, en installant et en normalisant une grande précarité, ces politiques rendent possible et renforcent l’exercice du sexisme, du paternalisme et de toutes les formes de harcèlement, sources de souffrances au travail. Dans le monde académique, les hommes bénéficient de ces mécanismes, car c’est bien l’attribution des tâches sous-valorisées aux femmes qui permet aux hommes de soutenir le rythme de travail indispensable (publications nombreuses, etc) à leur carrière. Par ailleurs, beaucoup d’hommes profitent également du travail domestique (matériel et émotionnel) des femmes de leur entourage, ce qui leur confère plus de temps pour un travail de recherche visible.Tous ces phénomènes désavantagent considérablement les femmes. Leur présence et leurs absences en témoignent : les femmes pourtant majoritaires parmi les étudiantes, sont minoritaires dans les métiers de la recherche et dans l’enseignement universitaire.

Pour ces raisons, nous, chercheuses de l’ULB, ferons grève le 8 mars. Nous exigeons:

  • Une valorisation de l’enseignement et des tâches administratives, disproportionnellement prises en charge par des femmes et généralement ignorées dans les « critères d’excellence » ou les processus d’évaluation et de promotion. En particulier, le travail de coordination, d’organisation, de lien, d’animation de la vie des centres etc., à présent invisible et gratuit, doit être reconnu et équitablement réparti.
  • La reconnaissance des étapes de carrière basée sur la charge de travail et l’ancienneté plutôt que sur le (pseudo-)mérite et plus largement la transparence des procédures d’avancement professionnel.
  • La suppression de l’obligation de mobilité internationale de longue durée comme critère auprès des commissions chargées d’évaluer les candidatures et les promotions.
  • Un rallongement de la limite de trois ans entre l’obtention du diplôme et le dépôt d’une candidature FNRS, et une prise en compte de la multiplicité des situations des femmes susceptibles de les amener à dépasser ce délai (proche dépendant·e par exemple). 
  • Une augmentation de la stabilité de l’emploi au sein de l’université via l'ouverture de contrats durables ainsi qu'une diminution de la compétition féroce via un refinancement de l'enseignement et de la recherche universitaires.
  • Des conditions de travail décentes et transparentes: une couverture sociale complète, des horaires de travail définis, la possibilité de mi-temps…
  • Le droit inconditionnel aux congés parentaux, de maternité et de paternité pour tou-te-s les chercheuse-r-s quel que soit leur statut et la source de leur financement.
  • Le respect de l’équilibre entre vies professionnelle et privée, en ce compris un droit à la déconnexion.
  • La lutte contre le harcèlement sexuel et moral sur le lieu de travail ainsi que sa prise en charge par les autorités universitaires : prévention, traitement systématisé des plaintes, et mise en place de sanctions adéquates.
  • Une gestion démocratique et horizontale des centres de recherche et une représentation plus équilibrée des corps dans les conseils facultaires.
  • Une meilleure représentation des femmes dans les événements scientifiques organisés par l’ULB et le FNRS.
  • Une meilleure prise en compte des conditions sociales particulières qui renforcent la précarité des femmes*: prise en charge disproportionnée et parfois intégrale des tâches domestiques, parentales et de soin aux autres; expériences de la violence psychologique, physique ou sexuelle, notamment conjugale, qui s’exerce en grande majorité contre elles.
  • Que soient menées des enquêtes spécifiques auprès des femmes qui n’ont pu poursuivre une carrière académique afin de lutter contre leur exclusion de fait, dans un double souci d’inclusion et de diversification de la communauté universitaire.  

 * Nous utilisons la catégorie “femme” dans une perspective inclusive et non-essentialiste, comme classe sociale rassemblant toute personne identifiée et/ou se reconnaissant dans cette identité et dès lors subissant des expériences concrètes mais variées du sexisme.

 
ENGLISH
 

To the authorities of the ULB and the FNRS,

 

We, women researchers of the ULB, call to strike on Friday the 8th March 2019, in response to the international call for a women’s strike, relayed in Belgium by the 8th March Collecti.e.f. We further declare our solidarity with all women, in all their diversity of situations and demands. As women and as researchers, we are penalized by the neo-liberal logics and by policies of so-called « excellence », with their pressures towards productivity, funding and international mobility. These dehumanizing logics at play in the universities worsen gender-based injustices, including the inequal distribution of labor and the invisibilization of women’s work, despite official discourse proclaiming equality geared policies within our institutions. By isolating researchers and normalizing precarity, these policies pave the way for and reinforce sexism, paternalism and all forms of harassment, causing suffering in the workplace. In academia, men benefit from these mechanisms, in that it is the attribution of under-valued tasks to women which allows men to maintain a rhythm of work necessary to building a career. Furthermore, many men profit from the domestic work, both material and emotional, of women in the private sphere, leaving them with more time for valued research work. These phenomena penalize women, as their presence and their absence within universities show. Women constitute the majority of students, but the minority within jobs in research and teaching.

 

For these reasons, we, women researchers of the ULB, will strike on the 8th March. We demand:

  • That teaching and administrative tasks, which are disproportionately taken on by women and generally ignored for promotions and evaluations, be revalued. In particular, tasks of department coordination and of promoting the social aspects of research centers must be recognized as labor and distributed equally.

  • That career advancement be evaluated based on workloads and experience rather than on (pseudo) merit and more generally, that promotion procedures be transparent.

  • That the obligation of international mobility be suppressed as a criterion for evaluation and promotion committees.

  • That the delay between graduation and eligibility for financing be lengthened, and that the diversity of situations (such as care for a dependent parent) which may lead applicants to overstep this delay be taken into account.

  • That the university take serious steps to increase employment stability via the tender of more long-term contracts and the reduction of competition via refinancing teaching and research within universities.

  • Working conditions which are decent and transparent: complete social security, clearly defined working hours, the possibility of part-time work…

  • The unconditional right to parental, maternity and paternal leave, for all researchers whatever their status and funding source.

  • That the work-private life balance be respected, including the right to disconnect.

  • That the university take the lead in fighting sexual and moral harassment in the workplace, including prevention measures, the systematized treatment of cases, and adequate sanctions.

  • The democratic and horizontal administration of research centers and laboratories and a more balanced representation of all bodies in department boards.

  • More representation of women in scientific events organized by the ULB and the FNRS.

  • That the specific social conditions which reinforce the precarity of women as compared to men be taken into account: disproportionate domestic, parental and care labor; experiences of psychological, physical and sexual violence, notably within couples, which effects mainly women.

  • That women who gave up on an academic career be surveyed in order to understand the mechanisms leading to their exclusion, with the aim of promoting inclusivity as well as the rich diversity of the academic community.

 *  We use « woman » as an inclusive and non-essentialist term, referring to a social class including anyone who is identified and/or identifies as a woman and thereby experiences sexism.

Ne sera pas communiqué.
Ne sera pas communiqué.

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